
Je n’ai jamais été un grand fan de séries américaines de télévision. Les Dallas et Dynasty m’ont toujours laissé indifférent. Tout comme la plupart des téléromans québécois dont l’action se situe dans une cuisine entre le poêle et le frigo. Les premières séries auxquelles je me suis intéressé sont celles qui ont suivi dans la foulée de « Lance et compte » au début des années 80. Cette année, pour la première fois, je regarde plusieurs séries américaines qui sont tellement bonnes que j’ai hâte à la semaine prochaine pour voir la suite.
La première série « Lance et conte » diffusée en 1986 a été le point de départ d’une révolution dans la production de séries dramatiques québécoises. Elle a marqué le début de la production lourde à gros budgets produite par le secteur privé. Jusque là, à part quelques exceptions comme la série « D’Iberville », la production dramatique se cantonnait dans le téléroman à petit budget tourné en studio par les diffuseurs, Radio-Canada et Télé-Métropole/TVA. En 1983, le gouvernement fédéral a créé le Fond de développement d’émissions canadiennes de télévision avec l’intention de favoriser l’émergence d’une industrie de la production télévisuelle dont Téléfilm Canada est devenu le fer de lance. Le gouvernement du Québec a suivi avec un organisme semblable qui a connu quelques incarnations et qui s’appelle aujourd’hui la SODEC. « Lance et compte » a été suivi de dizaines d’autres séries dont la particularité a été d’être réalisées comme les séries américaines, sur film, en extérieur en dehors de studios, grâce à des budgets qui pouvaient atteindre le million de dollar par épisode d’une heure. D’abord coproduites pas Radio-Canada, ces séries ont aussi trouvé une niche au réseau TVA qui en a diffusé plusieurs. Cet âge d’or de la grande série québécoise a duré exactement 20 ans. En 2006 TVA a annoncé l’arrêt de la production de « Vice caché » et la fin de son implication dans la production de séries lourdes par manque de rentabilité à cause des coûts trop élevés par rapport aux revenus publicitaires. Cela coïncide avec la baisse des auditoires des télévisions généralistes au profit des canaux spécialisés d’abord et maintenant de l’Internet. C’était une mort annoncée, car en plus, les subventions et les budgets de production avaient diminués au lieu d’augmenter. Au fil des ans, les budgets de 1 million de dollar l’heure se sont dégonflés à environ 750,000$. En conséquence, si on tient compte de l’augmentation des coûts et de l’inflation, on peut dire qu’il faut faire aujourd’hui des séries de qualité avec deux fois moins de budget qu’il y a 20 ans. Heureusement le manque d’argent est largement compensé par la créativité des auteurs et d’une flopée de jeunes réalisateurs qui ont appris à accomplir beaucoup avec peu parce qu’ils ont fait leurs premières armes dans le vidéoclip où les budgets sont minimes. C’est donc avec plaisir que j’ai regardé « Les Lavigueur » et que je reste fidèle à « Les hauts et les bas de Sophie Paquin » et à plusieurs autres émissions de qualité.
À la fin des années 80, les grandes séries québécoises ont évacué les séries américaines des grilles de programmations des diffuseurs, du moins en heures de grande écoute. J’ai l’impression qu’il se passe exactement le contraire actuellement. Moins il se produit de séries à grand budget ici, plus nous voyons des séries américaines en « prime time », particulièrement l’été. Cette année, Radio-Canada et TVA en diffusent plusieurs. Toutes des séries de grande qualité comme « Beautés désespérées »(Desperate Housewives), « Perdus » (Lost), « La grande évasion » (Prison Break), etc. Elles sont toutes très bien écrites et réalisées. Et elles s’adressent à des auditoires diversifiés. « Betty » (Ugly Betty) n’intéresse probablement pas les mêmes téléspectateurs que « Esprit criminel » (Criminal Minds) ou « Héros » (Heroes). Je dois être un auditeur diversifié parce que j’avoue que je les écoute toutes. A mon avis, la meilleure est « La grande évasion ». Bon ok, je suis un gars, mais il y a plus. Je n’ai jamais vu une série aussi haletante. Je n’exagère pas en disant qu’il y a 2 ou 3 retournements de situation par épisode. Chacun est un parcours en montagnes russes dont on sort un peu abasourdi par les retournements du destin qui affecte la vie des personnages principaux. C’est une série fabuleuse si on aime le genre. « Beautés désespérées », dans un autre registre, est une série dont je ne manque pas un épisode. L’univers de ces poupounes de banlieue qui devrait me laisser complètement froid, me réjouis à chaque semaine. Les situations vécues par cette galeries de personnages tous plus névrosés les uns les autres me font rire à tout coup. En plus, toutes ces séries sont présentées en haute définition et son surround ou 5.1 dans certains cas. Un vrai plaisir pour les yeux et les oreilles.
J’espère que nos télédiffuseurs vont continuer à nous présenter la crème de la télévision américaine et que cela va se faire pendant l’été comme maintenant. Il ne faudrait pas qu’ils succombent à la tentation de programmer ces séries dans leurs grilles automne-hiver. Celles-là sont dominées par les productions d’ici et c’est tant mieux.
Publié par : jacqueso
à 12:33:06
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